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Le photovoltaïque vers la maturité

panneaux

Le décryptage des conséquences de la révision de la grille des tarifs de rachat de l'électricité d'origine photovoltaïque amène à plusieurs constats.

Tout d'abord, le marché des habitations et des établissements scolaires et de santé est favorisé avec un tarif qui reste élevé (58 cts/kWh ou lieu de 60 cts précédemment) à la condition d'une intégration parfaite au bâti. Les professionnels estiment que ce marché n'est pas forcément celui qui offre le plus de potentiel de croissance. Ensuite, les installations sur les bâtiments industriels et agricoles deviennent moins rentables (50 cts/kWh pour l'ancien et 42 cts pour le neuf) et sont donc pénalisées, or c'est le marché qui offre le plus fort potentiel de développement. Le président de l'APESI, l'Association des Producteurs d'Electricité Solaire Indépendants, Christian Cachat, estime que certains professionnels seront pénalisés : « Je pense particulièrement aux jeunes agriculteurs pour qui l’énergie solaire était un moyen de financement de leurs bâtiments d’exploitation. Là où il était déjà difficile d’accepter de passer d’un tarif à 60 cts/kWh à un tarif à 50 cts / kWh, il semble évident que les agriculteurs qui devront construire de nouveaux bâtiments ne se satisferont pas du tarif d’intégration simplifié à 42 c€ / kWH. »

Il reste les fermes photovoltaïques au sol, qui concernent de gros acteurs aux fortes capacités d'investissement et dont les tarifs varient (de 31,4 cts/kWh à 37,7 cts selon la situation géographique). Pour l'APESI  ''les fermes au sol et les installations en surimposition subissent les mêmes attaques puisque une dégressivité de 10% par an est envisagée à compter de 2012 alors que le tarif actuel autour de 30cts/kWh subit dès le premier janvier une baisse de 4%. Ce tarif est celui de pays tels que l’Espagne et l’Allemagne qui ont au préalable efficacement conduit leur politique PV et atteint leurs objectifs. La France en est encore loin et ce tarif constitue le seuil de rentabilité pour les projets issus de la jeune filière française''. Dernière conséquence de l'application des nouvelles règles tarifaires :  tous les dossiers, déposés depuis le 1er novembre 2009 et pas autorisés au 14 janvier 2010, doivent être représentés en tenant compte des nouvelles règles, une certaine épuration de ceux qui étaient purement spéculatifs et opportunistes va s'opérer.

Conséquences pour la filière

 La moindre rentabilité des projets photovoltaïques risque d'obliger toute la filière à se remettre en question. Cela concerne par exemple les fabricants. Le prix des panneaux photovoltaïques reste élevé, notamment pour les particuliers. Dans une logique de placement, le rendement devient plus faible et beaucoup de personnes choisiront sans doute d'investir ailleurs. Mécaniquement il va y avoir une pression sur les prix des panneaux si l'on veut que la croissance du marché photovoltaïque reste soutenue et que les investisseurs soient incités à se tourner vers l'énergie solaire. Dans le cas contraire ce marché va baisser, prédisent certains professionnels. La révision des tarifs va aussi obliger beaucoup d'entreprises à revoir leurs stratégies marketing et de vente, notamment tous les messages à l'égard des particuliers et des industriels. Il va donc falloir que la filière s'adapte.

Le SER (Syndicat des Energies Renouvelables) estime, par la voix du président de sa branche photovoltaïque, Arnaud Mine, que cette adaptation est déjà en marche et que beaucoup de professionnels ''construisent aujourd’hui une filière photovoltaïque sérieuse et sur le long terme. Parmi eux, plus de 150 acteurs industriels produisant des éléments de la chaîne de valeur du photovoltaïque sont déjà actifs dans notre pays, et ont embauché, ces dernières années, près de 7000 personnes. De plus, les professionnels du SER ont entrepris, depuis plusieurs mois, une réflexion approfondie sur la qualité des projets, tant des parcs solaires au sol que des grandes toitures. Ils s’orientent vers un label permettant de s’assurer de la fiabilité des projets développés ».

Du côté de l'APESI, on considère que la filière va s'assainir et que tous les artisans qui s'étaient auto-proclamés spécialistes du photovoltaïque par opportunisme vont sans doute devoir revoir leur discours : « Aujourd'hui, par effet d’aubaine, des artisans non spécialistes se sont mis au photovoltaïque tant bien que mal : mieux vaut laisser faire des professionnels dont le photovoltaïque est le cœur de métier ». La filière devrait donc sortir du nouveau cadre réglementaire, plus professionnelle. Autre phénomène qui devrait être conforté : la taille des entreprises spécialisées, plutôt modestes et gage d'efficacité comme le souligne l'APESI : « Pas besoin d’être 5.000 personnes pour bien travailler. Les dirigeants de PME y ont mis leurs propres billes, ils y croient : ce sont les plus à même de faire du bon travail ».

Les agriculteurs affectés

Des projets ont déjà été ajournés. La plupart concernent des agriculteurs qui voyaient dans le photovoltaïque une manière de diversifier leurs revenus. « Dans le secteur agricole, le changement des tarifs a remis en cause beaucoup de choses, explique Bruno Odin, délégué régional Poitou-Charentes de GDF-Suez. L'équilibre ne peut plus être trouvé. Un nouveau modèle avait été créé – un peu pervers – qui était d'offrir la toiture d'un bâtiment simplifié, de type agricole assorti d'un contrat de bail de vingt ans, pour la location de la toiture, et pour que l'agriculteur puisse revendre l'électricité produite. Ce modèle n'existe plus. Le prix de rachat sur ce type de bâtiment ne permet plus l'équilibre économique. Il y a un gros coup de frein sur le secteur agricole. Mais il y avait une dérive dans les derniers mois de 2009.  Beaucoup de projets étaient en cours, même certains étaient déjà réalisés, mais faute d'avoir été validés avant les nouveaux textes, ils risquent d'être obligés d'appliquer les nouveaux tarifs de rachat, ce qui rend  nombre d'entre eux économiquement non viables. Des recours sont déposés, mais seule une partie sera rattrapée ».

L'avis d'un expert

Tous les acteurs du photovoltaïque s'accordent sur le fait que l'arrêté du 15 janvier 2010 modifie considérablement les données du marché français. Pour Didier Laurens, analyste et spécialiste des énergies renouvelables à la Société Générale interrogé par le journal La Tribune, la baisse des tarifs « va permettre au marché de s'apurer d'un certain nombre d'acteurs de mauvais aloi. Car les tarifs de rachat ont créé, en définitive, l'équivalent de niches fiscales. Certains acteurs ont investi par pur opportunisme, ce qui est à l'origine du mouvement spéculatif. On ne me fera pas croire qu'à 4.500 mégawatts, soit deux fois la puissance installée de l'Allemagne en 2009, la demande reposait sur des critères industriels. Elle était devenue spéculative. A cet égard, il ne serait pas surprenant de voir d'ici à quelque temps un retour d'expérience négatif avec la faillite de certains acteurs. Ce que les vrais spécialistes du solaire ne devraient pas regretter de voir disparaître ».

Pierre-Albert RUQUIER
Pour aller plus loin, quelques liens :



 
 

Friday 03 September 2010
Région Poitou-Charentes

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